Marche arrière!
Je n’ai pas oublié ma caméra ce matin.
Je l’ai mise dans un sac en bandoulière avec une bouteille d’eau et je me suis rendu au travail. Mais les opportunités d’hier succombent avec hier. Aujourd’hui il faut ouvrir les sens et écouter son instinct pour de nouvelles opportunités. Parfois cela implique de revenir sur ses décisions ou de repenser ses priorités.
Je me souviens de la première fois que j’ai eu une caméra : une Kodachrome 110 avec flash intégré. Ma tante me l’avait envoyée des États-Unis et j’étais devenu le photographe du quartier. Un ami de mon père, Charles François, menuisier de profession, passionné de photographie m’a appris comment la faire fonctionner. Il m’a donné aussi le premier livre de photographie de la collection Life photography qui allait tout changer : je rêvais d’être un grand photographe. J’étais adolescent. Mais mon père, lui, voyait les choses autrement.
Comme tout père a de grands rêves pour son enfant, il avait aussi le sien alimenté par les vicissitudes de sa vie et la peur. La peur de me voir rater la mienne dans un pays où la misère légifère et la cruauté applique les lois. L’art était à cette époque un passe-temps de riche. Enfant soumis et les parents ayant droit de véto sur tout, alors ma caméra était souvent confisquée, faisant de l’école et de l’apprentissage une punition.
Malgré tout, j’avais toujours une caméra sur mon chemin. Une fois, jeune adulte, j’ai trouvé une super 8 dans un poulailler rempli de crottes et de duvets de poules. L’apprentissage de cette super 8 m’a amené à créer un dessin animé de 15 secondes, ce qui m’a aussi ouvert les portes de la télévision locale où j’ai commencé à travailler comme machiniste. Nous sommes en 1987. Les études en cinéma et en télévision ont suivi.
Mais les circonstances changent. De nouvelles priorités s’imposent dans un nouvel espace qui définit un nouveau mode de vie. Comme tout être, il faut s’adapter : s’adapter à une nouvelle culture, un nouveau climat, à de nouvelles réalités politiques, économiques et sociales. Et l’âge ne veut pas rester aux oubliettes. La survie a alors tout son sens.
Si le temps était linéaire, on pourrait faire marche arrière et retourner dans le passé. Tout changer. S’il était aussi circulaire, en fermant le cercle, on reviendrait au point de départ, exactement là où tout a commencé et en créer un nouveau, différent. Mais heureusement ce n’est pas le cas. Sinon le présent, lui, n’aurait aucun sens.
Cet après-midi, je me rends à un cours de yoga, mon sac avec la caméra sur l’épaule. Voyant que je vais être en retard, ce qui me déplaît, j’ai rebroussé chemin. J’ai fait marche arrière. Je me rends à Verdun, une ville toute proche. De l’autobus étant, je vois un spectacle pour enfants dans le parc linéaire longeant le boulevard Lasalle. Un spectacle de magicien du Théâtre la roulotte, un théâtre ambulant. Je descends du bus, la caméra au poing et je me suis laissé aller… sans trépied… d’où l’importance du poids de la caméra.

1/25 – f5,6 – ISO100

1/25 – f5,6 – ISO100 
1/25 – f5,6 – ISO100 
1/10 – f5,6 – ISO100